Les 2 Festivals de Deauville : Cinéma américain & Film asiatique

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PROGRAMME FESTIVAL ASIA 2008

Palmarès du 10° Festival du film asiatique de Deauville

dimanche 16 mars 2008


Yu Yun-mi, 12 ans, actrice principale de "With a girl of black soil"
 


Palmarès à 18 h ce soir au CID, les deux prestigieux jurys au grand complet : leurs deux présidents Patrice Chéreau et Jan Kounen, leurs belles actrices qu'on voit enfin au grand jour : deux d'entre elles qu'on a aperçu tous les jours aux projections des films en compétition : Mélanie Doutey et Irène Jacob ; les deux autres plus discrètes du jury Action Asia dont les projections se passaient au cinéma du Casino : Mylène Jampanoi et Vahina Giocante. Le film coréen "With a girl of black soil" obtient deux prix, celui de la critique internationale et le grand prix, CinéManiaC dans le billet sur le film... l'avait donné gagnant d'un prix, donc, on est content, c'était vraiment un des meilleurs films en compétition! Un regret cependant, que le film philippin "Tirador" ("Slingshot") de Brillante MA. Mendosa, programmé le jeudi tard à 23h, n'ait pas été sélectionné en compétition, de tous les films du festival toutes sections confondues, c'est celui qui m'a le plus marquée et il aurait sans doute enlevé un prix haut la main.


Jeon Soo-il, le réalisateur de "With a girl of black soil", primé deux fois, ici avec Yu Yun-mi pour recevoir le prix Air France de la critique internationale



Patrice Chéreau, président du jury compétition (derrière le fauteuil de la lauréate)


les deux jurys mélangés autour des lauréats (final)


La cérémonie est courte, la petite fille de douze ans, actrice principale du film, revient deux fois sur scène et termine sur un fauteuil trônant sur une grosse boite Hermès orange sous les flashs des photographes nombreux malgré la météo qui explique que la salle est seulement à moitié pleine. Ensuite, le film de clôture étant annulé, il est remplacé par la projection du Grand prix, ce qui n'est pas une mauvaise idée car, pour l'instant, le film n'a pas de distributeurs en France mais ça va changer rapidement!


jury compétition : A.Lise Trividic, William Sheller, Irène Jacob, Mélanie Doutey, Enki Bilal, Lucas Belvaux, J.Hugues Anglade


jury action Asia : le représentant du lauréat, Jan Kounen, Franck Vestiel, Mylène Jampanoi, Vahina Giocante, Marc Caro

PS. N'étant pas restée après la cérémonie, je viens de lire sur le blog "In the mood for Deauville" que c'est "Héros de guerre" qui fut projeté, j'aurais bien aimé le voir car quand on va aux projections de la compétition, n'ayant pas le don d'ubiquité, on rate les films de la section Action Asia programmés en même temps, une autre fois à Paris peut-être si il est distribué...


Grand prix
"With a girl of black soil" de Jeon Soo-il (Corée du sud)

lire la critique du film...



Prix du jury ex-aequo

"Wonderful town" de Aditya Assarat (Thaïlande)

lire la critique du film...



"Flower in the pocket" de Liew Seng Tat (Malaisie)
lire la critique du film...





Prix Air France de la critique internationale
"With a girl of black soil" de
Jeon Soo-il (Corée du sud)


Prix du jury Action Asia
"Héros de guerre" de Feng Xiao Gang (Chine)




ACTRICES


Yu Yun-mi
 


Mélanie Doutey  

 
Irène Jacob et Mélanie Doutey

   
Mylène Jampanoi et Vahina Giocante


Mylène Jampanoi

silhouette...


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J5, Les 2 derniers films en compétition : "Solos" et "Flowers in the pocket"

dimanche 16 mars 2008

Deux films ce matin pour clore la compétition, "Solos" en provenance de Singapour, et un premier film Malaisien qui obtiendra un des prix du jury "Flower in the pocket". Il fait un temps tellement excrécrable, synthèse entre la tempête du début de la semaine et la pluie battante non stop, qu'il faut se faire violence pour mettre le nez dehors et les parisiens ont fui rejoindre leur métropole... Pourtant, on était bien au CID dans son auditorium immense assez exceptionnellement confortable (1500 places), ses hôtesses sympas qui se précipitent avec une lampe électrique (et le sourire) au moindre déplacement de spectateur, avec le village Asia à côté de la salle de projection et ses petits cafés, ses jus de lychee, son bar à sushis, un temps à rester au cinéma quelques jours encore!


Solos de Kan Lume et Loo Zihan (Singapour)




Film militant gay, "Solos" est une expérience pour le festivalier Deauvillais (le festival est ouvert au public) qui ne s'attend pas à 10h30 du matin à retrouver le silence de sa chambre avec un film sans une seule parole et sans quasiment de musique (environ trois minutes sur 1h10 de film) ; en revanche, on a en échange le son réel amplifié de la caméra qui tourne ou d'un moteur de clim, voire un marteau-piqueur!!! Tourné principalement en noir et blanc, les quelques échappées oniriques kitsch en couleur ne sont pas la meilleure idée du film comme cet insert d'un jeune homme en slip blanc faisant tournoyer un immense foulard rouge tel un torero ou ces poisson morts dans l'herbe, toutes ces compositions très travaillées qui relèvent davantage de la photo d'art. Pour le reste, un jeune homme et son amant un peu plus âgé font le va et vient entre le domicile du jeune homme qui habite chez sa mère et un hôtel où ils se retrouvent. Le portrait de la femme est angoissant, présentée dès la première image comme une dame portant un pansement sur l'oeil et tournant en rond chez elle, un balai posé contre le mur, grignotant, pleurant... Tourné comme un film muet, la seconde partie du film est plutôt mimée, le jeune homme essaye de rompre avec son ami pour un autre homme ; pendant ce temps, la mère tente de se rapprocher de son fils, dépitée quand il quitte la maison. Les scènes sexuelles sont montrées très explicitement, en présentant le film, un des réalisateur a dit qu'il avait été déprogrammé au festival de Singapour pour cause de censure. L'abandon de l'homme plus âgé par le jeune homme est le passage le plus touchant, ce dernier tente de surmonter sa jalousie, se joint au nouveau couple d'amants mais est rejeté encore au matin, tyranie de la jeunesse et de la beauté. Un film pour public averti, comme on dit. On aurait aimé voir quelques images de Singapour, un cinéma qu'on ne connaît pas, il n'en est rien...





 

Flower in the pocket de Liew Seng Tat (Malaisie)





trailer de "Flower in the pocket"




Encore un portrait de père (quatrième du festival), encore un premier film (8 sur 11 en compétition) et pourtant ce film est sympa, touchant, on se laisse prendre à cet récit, à ce cinéma sans le moindre moyen d'où le réalisateur tire le maximum avec ses moyens tellement maigres. Un père, qui a pour profession de réparer de mannequins en bois, élève seul ses deux fils. Les deux garçonnets sont craquants, livrés à eux-mêmes, ils font de leur mieux et pas mal de conneries, comme d'adopter ce petit chiot qui va manger leurs livres de classe et que le petit emmène en cours dans son cartable ; dénoncé par une camarade de classe, le père est convoqué à l'école, il abandonnera ensuite le chiot dans une décharge sous un abris de fortune, les enfants pleurent, nous aussi... Le soir, le petit dort avec son uniforme de classe pour être prêt pour le matin, le réveil sonne, les deux enfants dorment dans le même lit, écrasés de sommeil, ils peinent à entendre le réveil, l'un secoue l'autre, ils courent prendre le bus, au passage, ils jetent une couverture sur le père qui dort au salon sur un canapé de fortune. Le père travaille encore et encore, flanqué d'un employé un peu simplet et gentil, si amoureux de sa nouvelle épouse qu'il ne pense qu'à aller la retrouver, on sait tout ça par des petites conversations, des échanges, des plans de scènes filmées derrière une vitre, on voit leur vie, on entend leur vie, on est triste et joyeux avec eux, c'est un film très subtil, plein d'humain et de sensibilité. Ainsi, la dimension religieuse du pays est montrée par des petites touches, la fillette qui n'a qu'un seul jour de la semaine sans cours de Coran, la prof voilée qui refuse de serrer la main d'un homme. Une fois encore, on est sidéré du manque de moyens à la fois du réalisateur et des familles qu'il filme, de leurs conditions de vie précaires et courageuses. Mais ça ne suffirait pas à faire un bon film, on est vraiment touché par ce film, mieux, ému...





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J4, 3 Premiers films : "Wonderful town", "Fujian blue" et "Shadows in the palace"

samedi 15 mars 2008


Jean-Hugue Anglade assis au jury
pendant les projections de l'après-midi

Je quitterai Deauville comme j'y suis arrivée : sous un parapluie... Pendant ce temps, les projections font rage : raté celle de ce matin et zappé celle de 20h qui ne me disait rien (un film japonais classique de 2h15, j'ai préféré avoir peur à 23h...) Les journalistes chics sont arrivés pour le WE, comme d'hab, brouhaha et mondanités dans les hôtels, élégantes au bar du Royal, sorties sapées au resto, etc... On a quasiment pas vu le jury sauf de loin aux projections sur une rangée de fauteuils réservés, enceinte gardée (voir photo de mauvaise qualité de JH Anglade), en général, ils arrivent en retard et ça décale toute la journée, donc, pas la peine de courir... Vu trois premiers films, c'est fou le nombre de premiers films présentés cette année!!! Restent demain deux films en compétition, je vais tâcher de me lever tôt... PS. à 18h, palmarès et remise des prix au CID. 


"Wonderful town" de Aditya Assarat (Thaïlande) / compétition
(sortie le 7 mai 2008)


Aditya Assarat



Une ville de bord de mer après le Tsunami, les maisons délabrées, détruites, les chantiers partout, un ingénieur s'installe dans un hôtel modeste et se rapproche de la jeune femme responsable de l'hôtel. Deux solitudes, deux vies laborieuses le nez sur le guidon, il dirige un chantier de reconstruction sur la plage, elle fait le ménage non stop à l'hôtel, elle étend du linge, elle fait les lits, elle a adopté son neveu, dont le père, son frère, est un voyou, il vit en ville avec sa soeur à Bangkok. Un film zen comme on en a vu beaucoup, reposant comme un cd de relaxation. Vers la fin du film, comme si on se souvenait qu'il fallait y mettre autre chose que cette longue ligne bleue, soudain, on pimente, on casse l'histoire, c'est un peu tard... Car c'est un film bleu, bleu et blanc, un film virginal, le monde est bleu : les murs, les enseignes, les chemises brodées de Na et même son noeud dans les cheveux , les serviettes de toilettes, le t.shirt de Ton (plus foncé le bleu pour l'homme...) , les montants de fenêtres autour des murs vert d'eau pâle, etc... Un premier film très sage qui tente in extremis de l'être moins, relaxant... 

 



"Fujian Blue" de Robin Weng (Chine) / compétition


Robin Weng



Un regard très jeune sur une Chine décomplexée occidentalisée, des dialogues de la rue, du karaoké et de la coke dans les toilettes, comme tout le monde... Trois copains oisifs et délinquants, délinquants parce qu'oisifs, filment et photographient des proies à faire chanter : des femmes mûres et riches dont les maris sont ailleurs et qui s'offrent des gigolos. Jusqu'au jour où on se rend compte que l'une d'entre elle est la mère d'un d'entre eux... Je complèterai plus tard... PS. Ce film devrait plaire au jury, très actuel avec un petit côté nouvelle génération montante chinoise, un jeune réalisateur qui ose..




"Shadows in the palace" de Kim Mee-jeung (Corée du sud) / Hors compétition




Kim Mee-jeung ce soir 23h au CID présente son film



Elle a dit en présentant son film que c'était gore, on ne l'a pas crue, on avait tort... Dans un palais coréen il y a 500 ans, une servante de la cour est retrouvée pendue, l'infirmière qui pratique l'autopsie de rend compte qu'il s'agit d'un meurtre déguisé en suicide mais on fait pression sur elle en haut lieu pour déclarer un suicide. Polar en costumes avec tortures chinoises (si on peut dire...), un univers de femmes cruel et hystérique, des femmes à qui ont interdit  la sexualité, pour les servantes et les suivantes (et elles sont légion), la transgression de la chasteté étant punie de mort par décapitation. Deux hommes font joujou avec ces dames, le roi et son neveu... La guerre des concubines va donner une piste à l'enquêteuse, la pendue du début était la servante de la favorite, elle-même ancienne servante promue concubine car mère d'un enfant batard du roi mais que la reine mère lui défend de reconnaître... Un ton, une ambiance entre fantastique et sévices, des costumes top mais un peu trop bavard. Cauchemars possibles en rentrant à l'hôtel... 


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J3, "Ploy", "The Red awn", "With a girl of black soil", "Le Soleil se lève aussi" et "Blood brothers"

vendredi 14 mars 2008

Depuis hier, la pluie, la ville désertée, de rares voitures qui circulent, aujourd'hui encore, la plage de Deauville sous la pluie (photo), mais les interviews démarrent dans le hall des grands hôtels, ça s'anime. Heureusement, au village Asia, tout est cool, les sacs japonais, les écharpes indiennes seventies, les vestes chinoises en velours, le Ginseng rouge et le Baume du tigre, le Manga café et le bar à sushis (délicieux quoiqu'un peu chers mais on peut boire un jus de Lychee ou de Mangue avec des boules de coco ou des gâteaux à la banane).



tentative de Planches entre deux projections...


Aujourd'hui, trois films en compétition et deux films hors compétition dont l'hommage à l'acteur réalisateur chinois Jiang Wen avec l'excentrique "Le Soleil se lève aussi" en soirée. Côté compétition, ce matin, un film thailandais, chronique Antonionienne du couple, "Ploy" de Pen-ek Rantanaruang. Pour ces deux films vus auparavant en avant-projection, lire mon billet précédent avec les critiques...

"Le Soleil se lève aussi" de Jiang Wen (Chine) /hors compétition
"Ploy" de
Pen-ek Rantanaruang (Thaïlande) / compétition


           

"The Red awn" de Cai Shangjun (Chine) / compétition


Cai Shangjun présentant son film au CID



Dans l'après-midi, deux portraits de père (qui font trois avec le film d'ouverture "Beyond the years"). "The Red awn", film chinois de Cai Shangjun : un père prodigue revient au village après 5 ans de disparation, sa femme est morte, son fils, qu'il a abandonné à son sort, l'a déclaré mort au commissariat... Le père et le fils vont tenter de se retrouver pour mieux se séparer ensuite, selon la loi de la nature, à l'occasion d'aller faire ensemble les moissons. Champion hors catégorie du cadrage parfait et de la composition des plans, le réalisateur concocte un film hyperpictural qui a ravi pas mal d'esthètes, si j'en crois les applaudissements à la fin de la projection. Pour ma part, ce père maladroit, plaintif et culpabilisant ne m'a pas séduite...


photo du film "The Red awn"

"With a girl of black soil" de Jeon Soo-il (Corée du sud) /compétition



Yu Yun-mi, l'actrice de 12 ans héroïne du film, venait d'arrivée de Corée pour présenter le film au CID



En revanche, le film coréen de 18h30, "With a girl of black soil" de Jeon Soo-il, pourrait bien obtenir un prix, à mon avis... Un père, mineur de profession, élève seul deux enfants, une petite fille d'une dizaine d'années et un garçonnet de 11 ans handicapé mentalement. Mélo sobrissime de la veine Zola sur le fond, les wagonnets et la mine grise et noire du sous-sol, la neige du climat rude de l'extérieur, la spirale du malheur s'abattant sur cet homme, malade, chômeur, qui sombrera dans l'alcoolisme sans se plaindre, la petite fille portant la famille ou ce qu'il en reste à bout de bras avec ses moyens, le petit frère qu'il faudrait envoyer dans un institut spécialisé...  Mais sur la forme, un film traité en sous-nuances, anticouleurs, en sous-jeu des interprètes, c'est bouleversant de dignité, de silence et de beauté. Le réalisateur accompagné de l'actrice de douze ans est venu présenter le film, une poupée en robe de satin jaune et casque de cheveux noirs (photo), surdouée comme on le voit dans le film...

photo du film "With a girl of black soil"


"Blood brothers" d'Alexi Tan (Hong-Kong) / hors compétition



voir le trailer sur le site officiel...


Enfin, ce soir, 23h30, après multe retards accumulés, le repos du festivalier avec un premier film d'un réalisateur Hong-Kongais coproduit par John Woo, "Blood brothers" d'Alexi Tan : un film too much et un peu bancal, surchargé en références et hétérogène, mais sympa, vivant, débordant d'amour du cinéma, qu'on pourrait résumer en une formule caricaturée : Johnnie To revisite "Cotton club" de Coppola tranposé dans le Shangai des années 30 où les revues glamour dansent le charleston sur la scène du "Paradise club". Des défilés de tueurs vêtus comme Alain Delon dans "Le Samourai" de Melville tournant souvent au défilé de mode, avec un zeste d'allure western italien, mais ils sont si beaux ces tueurs avec leurs manteaux gris et leur Borsalino assorti que c'est un vrai plaisir de se faire descendre!!! Beaucoup d'histoires d'amour aussi en insert autour de la belle Lulu (qui rêve de devenir actrice), véritable bombe dont la première apparition en robe mordoré lamé électrise le héros monté de sa province faire fortune avec ses deux amis d'enfance mais aussi le tueur à gages number one, bras droit de son caïd de mari, et le spectateur! Un film grand public sans ligne de tir bien définie, si on peut dire, mais néanmoins très agréable à regarder surtout dans le cadre de cette sélection 2008 plutôt lugubre pour le moment...



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J2, "Beautiful", 1er film coréen, hommage au Japon et "Slingshot"/"Tirador", film choc philippin

jeudi 13 mars 2008


Journée Japon au festival avec deux hommages et un film japonais le soir à 19h30,
ici, le Manga café du village Asia



"Beautiful" de Juhn Jaihong (Corée du sud)
/ compétition


sur la sène du CID, le jeune réalisateur Juhn Jaihong présente "Beautiful", son premier film
critique....



Premier film d'un réalisateur coréen Junh Jaihong, produit par Kim Ki-duk, on espérait beaucoup de "Beautiful" et l'essai est marqué : quelques lourdeurs vers la fin, trop c'est trop, pourra-t-on sans doute lire, car la fin est dérangeante, bouquet final plus pessimiste que l'ensemble du récit qui laissait un mince d'espoir, dérangeant l'ensemble du film d'ailleurs... J'ai noté quelques spectateurs au masculin qui sont sortis de la salle, les spectatrices, elles , sont  restées...

Trop belle pour toi, pour eux, pour tout le monde, Eunyoung est la beauté incarnée, suscitant désir obsessif et jalousie. Le fiancé de sa meilleure amie, qui s’épuise à être jolie entre son coiffeur et son chirurgien esthétique, la drague, la harcèle de messages, mais c'est avec elle que l’amie de dix ans se fâche. Le gardien de l'immeuble est submergé de fleurs que lui envoient des admirateurs éperdus d’amour, Eunyoung s'en débarrasse, ainsi, un des envoyeurs de fleurs prend le prétexte qu'elle l'a humilié en trouvant son bouquet dans un sac poubelle, il finira par la violer chez elle en se faisant passer pour le releveur de compteurs d’électricité. Au commissariat, le lieutenant de police l'accuse de porter des minijupes, de provoquer les hommes et regarde les vidéos du voyeur violeur  en boucle. On fait venir l’agresseur qui hurle qu'elle l'a violé, elle, Eunyoung, avec sa beauté, que le violeur, ce n'est pas lui mais elle!!!

Quand la jeune fille s’évanouit en sortant du commissariat, ça provoque une émeute, les hommes se disputent pour la raccompagner chez elle. Seul un jeune policier semble compatir et la respecter, il demande qu’elle soit examinée par un policier femme. Petit à petit, le jeune homme devient son ange gardien, malheureusement, il ne supportera ni son amour frustré ni le spectacle de l’autodestruction de Eunyoung pour échapper au désir des hommes qu’elle fuit désespérément depuis son agression.

Au début du film, Eunyoung rencontre une grosse caricaturale qui s’empiffre et dégoûte les passants, elle lui montre sa photo jeune et mince «avant», c’est l’antidote, la solution. Après le viol, Eunjoung va passer de la boulimie, engouffrant des kilos de hamburgers et lipides, à l’anorexie, s’épuisant à courir et se gavant de gelules amaigrissantes. Comme elle est devenue une clocharde qu’enfin plus personne ne remarque, pire, qu’on fuit, Eunyoung change de cap.  C’est là où la démonstration est complexe et va gêner le plus le spectateur : le réalisateur veut montrer (sans doute) que la jeune fille meurtrie ne se contentera pas d’être repoussante, que les choses ne sont pas si simples… Car Eunjoung va entrer dans un conflit intérieur qui finira dans la folie, où elle veut à la fois séduire et ne pas séduire, retrouver sa beauté (outrée, elle se maquille comme une prostituée) tout en se débarrassant du désir des hommes et pourquoi pas carrément des hommes…

Beaucoup de sensibilité dans ce thème universel de la beauté mortifère, du culte de l’apparence, de la solitude de la star malgré elle. Psychologie féminine d’un siècle où manger est devenu le tabou ultime : des kilos servant à faire disparaître le corps, à le soustraire au désir de l'autre, gommer son corps, on sait que la boulimie et l’anorexie relèvent du même mécanisme psychique. La démonstration est un peu forcée, surtout à la fin, on est passé d’un récit moderne avec un brin d’humour à un conte allégorique coloré à la culture jeu vidéo où on tire sur tout ce qui bouge. Mais l’ensemble fonctionne et le film emporte l’adhésion.

Hommage au Japon



Hommage à Joe Hisaishi, compositeur de musiques de films du "Mecano de la générale" de Buster Keaton au film de Jiang Wen présenté demain soir "Le Soleil se lève aussi" en passant par les films de Takeshi Kitano et de Hanyao Miyazaki


Joe Hisaishi reçoit son trophée des mains du compositeur français Alexandre Desplats ("De battre mon coeur s'est arrêté", "Lust caution") en présence de l'ambassadeur du Japon en France ( à gauche) et du maire de Deauville (à droite)


Hommage au comédien Kôji Yakusho, acteur à carrière internationale de "Shall we dance?" de Masajuki Suo ou "Mémoires d'une geisha" de Rob Marshall à "Babel" d'Alejandro Innaritu


Kôji Yakusho entouré (à gauche) du directeur du festival, de l'ambassadeur du Japon en France et (à droite) du maire de Deauville


"Funuke show some love, you losers" de Yoshida Daïhachi (Japon)
/ compétition



Une actrice ratée aux allures de top model rentre dans son village après la mort de ses parents, elle y retrouve son frère, sa belle-soeur et sa jeune soeur qu'elle maltraite, ayant eu l'habitude de faire vivre sa famille au gré de ses caprices. Une vengeance et un secret lient la cruelle à sa petite soeur et à son demi-frère pour les menacer... Film tragico-burlesque, hommage au Manga (dont des flash-backs en noir et blanc plutôt réussis) où passée l'heure de film (qui en dure 2...), la cohérence des personnages se dissout pour créer des situations. Pas assez radical pour être un film-Manga, hyperstylisé mais trop théâtral, il y a des trouvailles et un brillant trio d'actrices. Impression mitigée... 





"Slingshot" ("Tirador") de Brillante MA. Mendosa* (Philippines)
/ hors compétition


 
Les meilleurs films passent souvent la nuit... C'est à 22h30 qu'on a programmé le choc de la journée : un film Philippin de Brillante MA. Mendosa intitulé en VO "Tirador" , soit "Slingshot" pour l'international.

Démarrant par une descente de police dans un bidonville de Manille, on est scotché dès la première image, aspiré, immergé dans des ruelles sombres où vit dans la pénombre toute une population à peine éclairée par l'intermittence de la lampe torche d'un homme qui les prévient "il va y avoir une descente de police!" Un long plan séquence où la caméra nous entraîne, nous plonge la tête la première dans cet immeuble, ce quartier populaire, au coeur de ces habitants vivant dans la plus grande précarité et dont pas mal d'hommes sont des dealers : on dirait que le spectateur devient la caméra en train de filmer si on peut résumer l'impression en deux mots. Rien que de très banal à Manille, les habitants regagnent à la hâte leurs logements misérables, appartements cagibis d'une extrême pauvreté, quand la police débarque, sorte de "Troupe d'élite" (ours d'or de Berlin cette année, d'ailleurs le film fait penser à certains films brésiliens se passant dans les favelas), policiers portant des bandanas blancs, des blousons et des mitraillettes, ils éjectent tous les hommes dans la rue et leur demandent de se déshabiller pour contrôler qu'ils ne cachent pas de la drogue sur eux.

En sortant du commissariat le lendemain, quelques hommes relâchés par l'intervention d'un homme politique le remercient, il leur répond de voter pour lui... Entre religion et politique, le quartier du bidonville est essoré, conditionné par les deux pouvoirs en place, survivant plus mal que bien, acheter un dentier, soigner un enfant malade, réparer une machine à laver, tout est trop cher, l'argent manquant toujours, omniprésent sujet de conversation. Le film se passe durant la semaine sainte et pendant la campagne municipale avec profusion de fêtes religieuses et d'"aides" en cash pour acheter les votes. Dans cette extraordinaire cohue, cette confusion assourdissante où on ne distingue plus un individu d'un autre mais une masse de pieds et de jambes, où un homme meurt d'un "accident" : il a été piétiné par la foule! , on suit la route de quelques voleurs allant racketter quelques riches passants dans le quartier d'affaires de Quiapo pour survivre.

C'est très difficile de raconter ce film où on est plus sidéré par l'ensemble que par le destin de quelques uns érigés en personnages centraux du film à suivre de plus près car tout nous touche et nous révolte, d'autant que les images sont aussi choc que le sujet : images sépia et blanches plus que noir et blanc et pourtant en couleur décolorée, passée, le jour surexposée, blanchie, tristes tropiques sans soleil avec des pluies chaudes, des ciels bas, des tongs aux pieds dans le sol terreux, images sublimes la nuit, la descente de police du début du film, on ne risque pas de l'oublier, à tous points de vue!


D'après ce que j'ai pu lire, le cinéma Philippin est tourné en numérique avec de très faibles moyens, exporté dans les grands festivals, il n'a cependant pas conquis le public philippin sur place, même le dernier film de Mendoza plus grand public "John John" n'est pas resté deux jours à l'affiche (mais actuellement en salles en France)...

Pour les Deauvillais, ce film repasse à 9h00 dimanche 16 mars au cinéma du Casino et Manille vaut bien une messe!




trailer de "Tirador"/"Slingshot"

 

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J1, Ouverture du 10° festival du film asiatique : ""Beyond the years"

mercredi 12 mars 2008, hommage à Im Kwon-taek


plage de Deauville, mercredi 12 mars 2008


On est passé de tempête (hier soir) à vent glacé (aujourd'hui), les rouleaux de vagues en colère sur la plage de Deauville, ce qui n'a pas empêché l'acteur Richard Berry de terminer son tournage entre les Planches et les cabines de bains cet après-midi...


Avancée à 20h, l'ouverture du festival du film asiatique, premier anniversaire, dix ans déjà... Présentation très sobre, le jury assis esquisse un salut à l'appel mais ne viendra pas sur la scène, en revanche, le directeur du festival et le maire de Deauville (réélu au premier tour, ça existe encore...) accueillent le maître du cinéma coréen avec pas moins de 100 films à son actif : le réalisateur Im Kwon-taek. "Beyond the years" est son centième film.






"Beyond the years" de Im Kwon-taek (Corée du sud)
(sortie juillet 2008)


"Beyond the years" , photo Mars distribution

Avis partagés à la sortie de la projection où je me suis rendue avec mes deux consoeurs cinéblogueuses Armelle de "La Plume et l'image" et Sandra de "In the Mood for cinema". En fait, Il n'y a que moi qui ne suis pas emballée par le film, et je dois dire que c'est surtout à cause du sujet...

Sur le thème du chant traditionnel coréen, le récit met en scène dans les années 50 un père, homme sévère et autoritaire souffrant d'être un chanteur n'ayant pas connu la gloire, et ses deux enfants, sa fille, Song-hwa et son beau-fils Dong-ho. Des années plus tard, le fils, Dong-ho, qui a quitté le foyer depuis longtemps, ne supportant plus les brimades et l'autoritarisme du père, revient à la recherche de son passé demander asile dans une maison du village. L'hôte lui raconte alors les souvenirs qu'il a conservé de sa soeur, le frère parle aussi de ses dernières rencontres avec elle, chacun va alors apporter sa tranche de souvenirs et l'histoire se reconstituer, tel un millefeuille qui s'épaissit de la mémoire des uns et des autres.

Très vite, Dong-ho apprend que sa soeur est devenue aveugle après une potion concoctée par leur père qui l'a ainsi empoisonnée pour la garder auprès de lui, pire, le père, ou père adoptif, comme on le verra plus tard, aurait nourri des désirs coupables vis à vis de Song-hwa. Le père, resté seul avec sa fille, va donc lui enseigner le chant au plus haut niveau, espèrant qu'elle décrochera la célébrité qu'il n'a pas eue. Le sujet du film, au delà de l'horreur que peut inspirer le personnage du père, peut être : jusqu'où faut-il ou peut-on aller dans le sacrifice pour pratiquer son art, le chant en l'occurence, voire pour décrocher la gloire? Car Song-hwa n'en veut pas à son père, ni à personne, se comportant comme une sainte, un pur esprit, le chant l'habitant tout entière. Dans l'intervalle, Dong-ho, devenu percussionniste, a retrouvé sa soeur mais s'est laissé séduire par une chanteuse de bar dont il a eu un fils, Song-hwa est devenue la concubine d'un vieillard qui aime son chant. De ruptures en retrouvailles, Dong-ho et Song-hwa, élevés comme frère et soeur par la volonté de leur père, vivent un amour inavoué en pointillé, un amour aussi pur que leur vie a été entâchée et que tout condamne au départ mais Dong-ho ne renoncera pas...


Servi par des images magnifiques, de longs panoramiques sur des paysages zen appelant la méditation, le film demeure aride et difficile d'accès, non seulement à cause du sujet qu'il faut transcender pour accéder à l'histoire d'amour centrale, mais aussi pour les chants traditionnels coréens (Pansori*) qui jalonnent le récit, un genre pour lequel le spectateur occidental est profane. Un film qui se mérite...

*Pansori : chant traditionnel coréen qui raconte une histoire, une sorte d'opéra avec un chanteur soliste et un accompagnateur joueur de tambour (puk), un spectacle qui peut durer jusqu'à 8 heures.
 
 

rencontre des cinéblogueuses à Deauville, bar de l'hôtel Royal
(CinéManiaC, In the Mood for cinéma, La Plume et l'image)
 



 


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