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Samuel L. Jackson harceleur dans "Lakeview terrace" et doc "Roman Polanski : Wanted and desired"

J3, dimanche 7 septembre 2008



07 - 09
2008
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Enfin une star américaine sur les Planches.. tandis qu'on célébrait la renaissance de Mickey Rourke à la Mostra de Venise où il est le héros loser magnifique de "The Wrestler" de Darren Aronosksy qui vient de remporter le Lion d'or, à Deauville, le festivalier rongeait son frein, à quand les stars et les paillettes, le rêve sur tapis rouge en septembre, les Brangelina, Clooney, Damon and cie comme l'année dernière à la même époque... Arrivé vendredi, Samuel L. Jackson a épongé les frustrations du public, on le savait en ville, jouant au golf ou faisant du shopping en attendant son jour J : le dimanche... Pour la conférence de presse de "Lakeview terrace" de Neil Labute en début d'après-midi, on se collait comme une mêlée, il n'aurait plus manqué qu'il ne reste plus de places... Entre les questions de la presse le jour et la présentation avec l'équipe du film le soir au CID, direction les Docs de l'oncle Sam au cinéma du casino avec un documentaire très attendu : "Roman Polanski : Wanted or desired" de Marina Zenovich.


Samuel L. Jackson à la conférence de presse de "Lakeview terrace"


Neil Labute à la conférence de presse de "Lakeview terrace"








Samuel L. Jackson et Neil Labute présentent "Lakeview terrace" au CID dimanche soir

"Lakeview terrace" ("Harcelés") de Neil Labute


(sortie 1er octobre)



Samuel L. Jackson dans "Harcelés", photo Sony distribution
 
Des nouveaux voisins emménagent en face de la villa d'un policier noir autoritaire et raciste, il s'agit d'un couple mixte, un homme blanc et une femme noire. Aussitôt, Abel, le policier, supporte mal ce couple qu'il trouve choquant et se met en quatre pour leur pourrir la vie, espérant les pousser à partir. Veuf depuis trois ans, Abel élève seul et sévèrement ses deux enfants, son épouse morte dans un accident de voiture dont on verra plus tard que ce drame a quelque chose à voir avec sa haine des nouveaux voisins qui réactivent chez lui des souvenirs cauchemardesques. Dans ce film de genre, on a entendu à la conférence de presse le parti pris du réalisateur : aller au delà du film de genre, diminuer l'aspect catastrophe et épaissir la psychologie des personnages comme mettre l'accent sur les effets pervers du métier de policier sur la vie privée d'Abel. Parallèlement, ce qui est intéressant, c'est la mauvaise santé du couple mise en valeur par le harcèlement du voisin policier mais réelle et que la mort du méchant ne guérira pas.

Les effets de miroir sont dans les deux camps, le jeune marié ne s'entend pas mieux avec son beau-père qu'avec son voisin, les deux considérant qu'elle aurait mieux fait d'épouser un noir comme eux, quant au voisin, le traumatisme des circonstances de la mort de sa femme lui est rappelé douloureusement par la présence de ce nouveau couple face à ses fenêtres, d'autant qu'ils n'ont pas meilleure idée que de le provoquer sans le savoir en s'ébattant dans leur piscine le soir de leur arrivée sous le nez de ses enfants, Abel n'oubliera pas...

Tant que son travail où il se surinvestit l'occupe à temps plein, Abel contrôle à peu près son harcèlement des voisins qu'il dose, sachant faire des pauses, voire des petits gestes presque amicaux. Du jour où il est mis à pied pour une faute professionnelle qu'il ne pense pas avoir commise, l'injustice de cette situation lui fait définitivement perdre pied, toute la rancoeur accumulée d'une vie est alors reportée sur son délirant combat contre les voisins intrus. Il est impossible de détester le méchant Abel tant Samuel L. Jackson lui insuffle de l'humanité, trop sans doute pour qu'on s'apitoie sur le sort de ce couple lisse préoccupé de propriété et de se disputer sur sa progéniture à venir quand le policier, qui s'est épuisé à travailler jour et nuit pendant des années pour satisfaire sa femme, a désormais tout perdu. On n'est pas loin d'avoir de l'empathie pour le harceleur et de l'indifférence pour les harcelés...

En revanche, ce qui est bien vu, ce sont les conditions de vie réelles à LA, la réalité de la menace des catastrophes naturelles, comme cet incendie
montré à la télé tout le long du film  et se rapprochant peu à peu des habitations des protagonistes, sur l'inquiétant fond sonore des canadairs dans le ciel pour éteindre le feu, au fur et à mesure que la tension monte dans l'affrontement entre Abel est ses voisins, le prix de à payer de ce climat de rêve californien...

Encore un film qui ne marquera pas grand monde...



"Roman Polanski : Wanted and desired" de Marina Zenovich




Polanski et son avocat américain fin des années 70, photo Metropolitan
 
5 années de travail ont été nécessaires à Marina Zenovich, déjà venue à Deauville pour "Independent's day", pour réaliser ce documentaire sélectionné à Cannes cette année sur l'affaire Roman Polanski qui agita les USA pendant des mois, voire des années, et provoqua son retour définitif en France. En 1977, Roman Polanski est accusé de viol sur une mineure de 13 ans. Mandaté par le journal Vogue hommes pour faire des photos de jeunes filles, Polanski a emmené l'adolescente dans la villa inoccupée de Jack Nicholson absent de chez lui. Les dépositions de Polanski et de l'adolescente sont habilement montrés et dites à l'écran en alternance sur le même sujet, chacun répondant de son côté à la police aux mêmes questions : Polanski ne nie pas qu'il connaissait l'âge de l'adolescente, là où il est en désaccord avec la partie adverse, c'est qu'il pense qu'elle était déjà émancipée, délurée, consentante malgré le comprimé de Qaalude et le champagne qu'elle a acceptés, donc pas droguée à son insu mais violée dans un état second... Le grand reproche de Polanski, qui semblait ignorer la loi américaine où le détournement de mineurs est passible de lourdes peines de prison, c'est le harcèlement du juge à son égard, voire les irrégularités dans la procédure. L'acharnement ce de cet homme de loi, féru de publicité et de people, le fera fuir définitivement les USA où il n'est jamais retourné et pour cause, il y risque encore la prison au jour d'aujourd'hui.

La réalisatrice fait tout son possible pour exposer tous les faits connus jusqu'au moindre détail, montrer tous les documents et témoignages (y compris celui de l'ex mineure devenue une femme d'environ 45 ans) de manière à laisser le spectateur juge bien qu'on sente qu'elle penche pour la défense de Polanski. En Europe, la réalisateur est considéré comme un génie, aux USA, depuis "Rosemary'sbaby" comme un être retors aux pratiques occultes. Mais c'est surtout huit années auparavant que se joue le drame quand en 1969 Sharon Tate, la jeune épouse enceinte de Polanski, se fait massacrer dans leur villa de LA avec tout un groupe d'amis par la tribu Manson en l'absence de son mari qui se trouvait à Londres. Ce drame ignoble marque la fin de l'insouciance des hippies de LA où on vivait sans clé ni porte fermée, la présence de Polanski dans un quartier porterait malheur, il aurait reproduit le scénario de ses films,etc...

D'artiste charismatique admiré et adulé, Polanski devient paria à éliminer. Les minces extraits de film sur Sharon Tate et Polanski jeunes mariés sont très touchants quand on en connaît la fin tragique. On voit Polanski lui donner des indications sur le tournage du "Bal de vampires", comme on verra ensuite un extrait des coulisse et du tournage de "Répulsion" et du film avec une Deneuve d'une beauté à couper le souffle. Ces extraits de films placés en miroir du sujet traité, le coup de téléphone de Mia Farrow harcelée dans "Rosemary's baby", plusieurs extraits du "Locataire", film emblématique du harcèlement vu par Polanski qui joue le role principal ou vers la fin l'homme pantin du "Couteau dans l'eau"sont une vraie trouvaille, des insertions d'une cinéphile qui a compris l'oeuvre du cinéaste. Avant le viol de l'adolescente, avant le massacre de Sharon Tate, l'enfant Roman Polanski a vu tuer sa mère par les allemands en Pologne et son père déporté dans les camps, un de ses amis témoigne qu'il n'a jamais connu un homme aussi dévasté que Polanski après la mort de sa femme... Pourtant, l'homme est un survivant, un résilient, comment dans ces conditions juger la logique souterraine de son comportement de survie même si il passe par la reproduction des schémas de souffrance ...Ce n'est pas la faute de Polanski que le film réfute, c'est le fonctionnement pervers du système judiciaire et médiatique américain qu'il dénonce, éclairant le procès à la lumière du harcèlement dont est victime Polanski à cause de ses antécédents, de son statut d'étranger et d'artiste signant des films "sataniques".



Zoé Félix au bar de l'hôtel Royal

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